Le nouvel album du Prince Harry : Be your own enemy

 

Le label franco-belge Teenage Menopause Records a choisi l’arrivée des giboulées de mars pour sortir son nouveau brûlot et ce n’est peut-être pas un hasard. La tempête furieuse, presque cataclysmique, qui nous emporte à l’écoute de cette galette en forme de salade de phalanges synth-punk semble convoquer tous les malaises de cette fin de 2è décennie de 2è millénaire, en nous propulsant dans une course hallucinée, une danse-transe à la vie à la mort.

PRINCES DE BEL-GIQUE
On ne présente plus, enfin on ne devrait plus présenter, ce duo originaire de Liège qui ne plaisante pas quand il s’agit de pousser le trio boîte à rythme – synthé – guitare dans leurs derniers retranchements. 2 albums et 2 splits ont vite convaincu la sphère alternative qu’il allait falloir compter sur eux pour mettre un bon coup de pieds à l’apathie vaguement complaisante d’un post-punk parfois en mal de retour en grâce.

Ajoutez à cette hargne des pochettes incroyables réalisées par l’infatigable Elzo Durt (qui en a signé plus d’une pour le label) et vous obtenez un cocktail qui tache, pardon… qui tranche pas mal sur les étagères des disquaires !

HARRY POPPERS (ET LA SONDE ANALE)
Pour la petite histoire, ce disque serait inspiré du groupe Oingo Boingo (starring Dany Elfman, le compositeur notoire de T. Burton) et du film Forbidden Zone où il est question de portail menant à une 6e dimension où dominent souffre, luxure et loufoquerie en carton. Le film, dont on ne sait pas si c’est un navet redoutable ou un objet culte d’avant-garde burlesque low-budget se base sur les performances du début du groupe, sorte de cabaret expérimental pas toujours loin des Residents. Un bon WTF entre Rocky Horror Picture Show et spectacle de fin d’année d’enfants (grands et lubriques), mais vous vous ferez votre propre avis si vous le voyez !
Quoi qu’il en soit, entre un titre inaugural invitant à la fête (Be part of it) et les suivants plus typés fin du monde parano (All is lost, Slave) qui s’enchaînent à 200 à l’heure en mode accélérationniste plutôt que collapsologeek, on sent bien que rien ne va plus et qu’il va nous falloir une bonne dose d’un certain expédiant euphorique bien connu pour avaler la pilule en forme d’ogive nucléaire… par le derrière.

FIGHT KLUB : 2 SALLES 2 AMBIANCES
Ecouter cet album donc, c’est un peu comme faire son entrée dans un Fight Club de fin des temps, où tout serait vécu et ressenti en accéléré et avec violence. Et comme dans la référence précitée, on sent une forme de schizophrénie tapie sous les riffs de guitare et couches de synthés (Lurking). D’ailleurs, j’avais envie de me demander si le titre de l’album devait être pris comme un aveu (nous sommes notre propre ennemi, on a tout gâché et maintenant c’est foutu) ou un conseil (puisque tout est perdu, autant y aller à fond jusqu’au pire de nous-mêmes) ? Finalement c’est un peu la même chose, mais en ne le prenant pas par le même bout.

Et c’est un peu l’image que je me fais de cet album qui semble la jouer en – à peu près – 2 (mi-)temps. Si les 5 premiers tracks font le pont avec les précédentes livraisons du groupe, ces compo paraissent plus aventureuses, du moins en intro,  la no wave déglinguée de DEVO voire même un peu d’Adam and the Ants, n’est pas loin, mais sous amphét’. Plus sombre aussi, tant au niveau du son que de l’ambiance en général – à part peut-être Stares, plus proche des productions de Synthetic Love – le caractère de Be your own enemy l’est assurément.

D’ailleurs, c’est à partir du 6e morceau Porto (coup de coeur) que l’on passe clairement dans la 2e salle / 2e ambiance de ce Klub où l’on se cogne avec ses propres démons, tel un Tyler Durden synthétique s’échinant sur des titres EBM techno indus (Twys, Traire Bart de Wever, Tears of a white male) jusqu’au morceau “Bonus” qui semble vouloir boucler la boucle en assénant un “Not one of us”, en réponse au 1er titre “Be part of it” ?

Alors finalement, en être ou n’être pas ? telle est la question, et en bon schizoïde de notre époque, j’y répondrai en dansant en compagnie princière, une fricadelle à la main.

Alexis Cangy

 

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