BLOC PARTY : la nostalgie marque un temps révolu

.

« Bonsoir, we are Bloc Party from London, England [sans blague], we’re gonna take you back to 2005, a much happier time. »

NOSTALGIE EN BLOC

En 2005, nous divisions notre emploi du temps en 3 parties : un tiers dans une chambre estudiantine, un tiers dans les bars, un tiers en amphi. En 2005, notre rapport avec la musique était plus passionné que jamais. En 2005, LCD Soundsystem et Franz Ferdinand changeaient la donne du rock, mais on avait toujours les dents pour Nine Inch Nails ou Queens Of The Stone Age, tout en avouant s’évader vers un temps que l’on avait pas vraiment connu avec les riffs des White Stripes. Cette même année est sorti le premier album de Bloc Party : Silent Alarm faisait un sacré vacarme.

« une machine infernale » d’après IndiePopRock, « un rock dansant cafféiné » selon The Rolling Stones », le quatuor semble vouloir rester sur l’année de leur plus grand succès et au vu de leur public ce soir, ils ne représentent pas les seules âmes nostalgiques du rock abrasif.

Compliments, Plans, Luno, la partie a tôt fait d’évacuer en bloc les derniers titres du dit album pour offrir crescendo le meilleur à ses fans. Oui bien sûr, la set list reprend le premier album du groupe, mais à l’envers !

« Super, maintenant y’a plus que des tubes à venir ! » s’exclame mon binôme ultra-fan (Joss pour les intimes). Well, que les festivités commencent.


[Video de Dav Thrn, dans le coin des smartphones]

PARAPLEGIE NAISSANTE

So here we are, dans la fosse parmi une foule déjà conquise, chantant chaque refrain à pleine voix, applaudissant à chaque morceau comme si c’était le dernier. A partir de l’envolée du Price of  Gasoline, le rythme de la batteuse Louise Bratle devient frénétique, et l’ambiance au-rez-de chaussée s’enflamme sur de superbes déflagration de guitares. On est chaud.
Pourtant, sur scène, le quatuor est loin de faire des galipettes rock’n roll. Antonyme à leurs lyrics « it’s out of control », le quatuor exécute au millimètre près les compositions studio de l’album phare, plutôt stoïques que complices, presque comme des automates. En même temps il faut comprendre que la moitié du groupe n’a pas vraiment participé à cette époque frivole, chacun sait que la carrière d’un musicien est éphémère. Notre chanteur adulé Kele Okereke et le guitariste Russell Lissack sont les seuls rescapés de l’époque Silent Alarm: la batteuse citée ci-dessus et le bassiste aux pectoraux proéminents Justin Harris n’ont rejoint Bloc Party qu’en 2015. Ce ne sont donc pas leurs chansons…

[Cliquer pour agrandir les photos d’ Antoine de Monégier du Sorbier]

Qu’importe, au milieu, les trentenaires s’excitent : « c’est le pogo le plus peace de tous les temps, ils sont prêts à se faire des bisous » (dixit Joss) Suit un magnifique amour moderne fédérateur, célébré par une pluie de confettis. What, déjà au 7e morceau ? Le spectacle sent comme une tournée d’adieux; moi je serre les dents, histoire de ne pas avaler les confettis flottant dans ma bière. Et quand bien même si par mégarde j’en avale aveuglée par une lumière bleue, « if that’s the way it is, then that’s the way it is ».


[A propos du public: vidéo d’Orson]

[Aparté] Question décor, retour également en 2005, rien de digital : 5 bannières type étendard moyenâgeux sont suspendues à effigie des arbres sous la neige (la pochette). Une scénographie qui évoluera ensuite avec le rappel, pour des LED reprenant les couleurs du cercle de l’album Four lors du titre Octopus, fort de son solo ascendant de guitare. Une chouette découverte, pour moi qui n’avais pas suivi de près leur évolution.

Les titres s’enchaînent et arrivent au meilleur, lorsque l’on bouffe avec avidité du Banquet, le sourire jusqu’aux oreilles dans l’esprit d’une Positive tension, jusqu’à l’euphorie totale du fameux morceau légendaire Helicopter avec son doublet de mélodies à cordes, comme repris par deux choeurs, entre les « ouuuuuhh » et les « Are you hoping for a miracle? » Nombreux sont les spectateurs a essayer de recréer l’extase en ramassant et relançant les confettis. Ce soir, 30 ans rime aussi avec enfant (refoulé).


[Skeleton – Vidéo de FriendOfTheNight24]

UN RAPPEL DE B-SIDES

En rappel: Après le fantastique roulement de guitare du Prayer (album A Week-end In The City), Bloc Party nous entraîne vers des temps plus contemporains et électroniques avec la dance party de Flux. Pas le meilleur temps de la fête, même si les beats sonnent toujours plus profonds en live qu’en studio. Bonne pioche cependant pour le plus grand plaisir des groupies, Bloc Party reprendra également quelques B-Sides du premier et précieux album dont Little Thoughts, Two more years et Skeleton. Sous une dernière pluie de confettis s’écrasent les critiques pour laisser place à une bonne humeur environnante.

Un show pas vraiment dantesque sur ce gig si l’on compte que le dynamisme venait surtout du public, mais une bonne madeleine de proust ultra chaleureuse qui inscrira la date comme inoubliable dans l’esprit des fans de Bloc Party. Sans doute la dernière, et avec des putain de confettis:

 

Voir cette publication sur Instagram

 

Une publication partagée par Julie Lesage (@wisesound_) le

– Julie Lesage –

[Photos d’Antoine de Monégier du Sorbier]

Au fait, surfant sur leur succès d’antan, Bloc Party va bientôt éditer un album live de Silent Alarm.