25 min avec Rocco… celui de DE STAAT

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Ca se passe dans la nuit noire, j’ai les cheveux qui collent encore au front,  toute excitée que je suis de l’expérience DE STAAT live. Le quintet vient de jouer son nouvel et excellent album Bubble Gum [ça déménage]: melting pot puissant de rock, d’electro, de tchatche vindicative, de leçons de vie et une bonne dose de dérision. Pour se mettre dans le contexte d’une heure auparavant : lire le live report DE STAAT éclate sa bulle et t’en met partout , dont voici la deuxième partie : la rencontre au bar!

Dans la cour de La Maroquinerie, je propose une bière à Rocco Hueting, qui attend ses acolytes hollandais pour le départ. Le camion se charge, le groupe ne va pas s’attarder.

Tout d’abord merci pour toute cette énergie délivrée,
on a dansé comme des lycéens !

« De rien ». J’apprécie, car on devient vieux n’est-ce pas ?
Moi oui, et toi ? Je croyais qu’on ne vieillissait jamais dans l’industrie musicale.
Disons qu’en effet tu ne le vois pas venir, jusqu’au jour où, bien sur le tard, tu réalises sur le choc…

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En passant devant le stand merch en sortant du concert, j’ai entendu dire que votre public nantais hier était fou / comme éméché ?
Oui, en ce moment, l’accueil que l’on nous réserve est vraiment dément et je ne dis pas çà dans le vent:
De Staat n’a pas beaucoup joué en France auparavant. Là, on est en train de se rendre compte qu’on a doublé notre public par rapport à notre dernier concert à Paris, c’était au Badaboum pour la sortie de O [début 2017]. C’est un ressenti exceptionnel et merveilleux ce regain de succès après 10 ans de groupe !

Il est vrai qu’on avait pas beaucoup entendu parler de De Staat avant Bubble Gum !
On a déménagé chez Caroline International, on fait plus de promotions, …c’est probablement pour ces raisons rébarbatives. Mais ce qui importe pour nous, c’est le plaisir de délirer sur nos chansons. Si tu découvres maintenant, je t’invite à écouter les anciens albums.

Alors justement, y a-t-il une évolution avec ce dernier album, qui introduit pas mal d’électronique, notamment avec KITTY KITTY ?
Je suppose que l’on veut rester dans un processus de création permanent à se réinventer voire même à se surprendre nous même, et ne pas rester coincé dans un rock band qui se répète à l’ennui. On est catégorisé rock par ceux qui veulent nous mettre dans une case, mais on prend toutes les influences, moi-même j’écoute beaucoup d’électro-house et de hip-hop. On se doit de parcourir toute la musique.

Torre [Florim] compose et nous envoie ses démos. On les suit ou les travaille ensuite tous les cinq dans notre propre studio à Nimègue [Nijmegen dit localement]. Mais pour KITTY KITTY, on s’amusait à désordonner l’idée originale de Torre et BAM, ca a donné quelque chose de complètement différent, un peu fou. Côté texte, ca parle des élections américaines, « the orange entertainer », car cette chanson a été écrite il y a presque 2 ans. Le truc surprenant, c’est qu’on l’a jouée en Angleterre la semaine dernière, et tout le monde pensait que ca parlait de leur gouvernement ! Le public s’approprie ton texte, et c’est fabuleux. Je dirais même: c’est le but de tout art ! [rires]

Que représente l’intitulé « Bubble Gum », qui n’est pas le titre d’un de vos morceaux ?
Cela représente la bulle dans laquelle les gens s’enferment, notamment à travers les réseaux dit sociaux: tu accèdes uniquement à l’information que tu as sélectionné au préalable, qu’elle soit politique ou divertissante, tu ne vois que ce que tu « like » ou qui tu suis activement. Ce qui au final te rend plus isolé; néanmoins l’approche ascendante des réseaux est intéressante.

Vous avez fait les premières parties de Muse : le coup de projecteur valait-il la peine de suivre un méga-groupe déchu ?
J’aimais Muse quand j’avais 15 ans, Origin of Symmetry était vraiment énorme à l’époque. Ils nous ont invités après avoir écouté O, à les suivre sur 3 semaines de tournée européenne. C’est quelque chose dont on aurait jamais pu faire l’expérience par nous-même ! Et soudainement, des stades entiers te découvrent sur le même instant, c’est assez fou.
Le fait de prendre part à cette grosse production nous a également beaucoup appris, on regardait comment ils travaillaient leurs énormes shows chaque jour, avec leur scène au milieu de l’arène. C’était la première fois que l’on jouait sur cette configuration, et on a repris/copié le concept ensuite pour notre propre concert à domicile. En tout cas c’était une expérience extraordinaire.

…et c’était bizarre en même temps.
Pourquoi?
Parce que c’était tellement gigantesque. On est des gens normaux qui viennent d’une petite ville, et c’était … »what? ». Genre Milan: on a fait 6 concerts à Milan devant 20 000 personnes chaque soir! Et d’un coup tu fais partie de çà !

Avez-vous eu des interactions avec le groupe star ?
Il n’y a pas vraiment beaucoup eu de contact personnel. On sortait de temps en temps ensemble, tu places deux -trois plaisanteries. Ils ont été cool à nous inclure dans certaines soirées, on est allé ensemble dans un club à Zurich par exemple, où j’ai fini bourré et stupide, ça arrive. En fait c’est surtout une expérience professionnelle qui te fait grandir, ton objectif n’est pas de devenir le meilleur ami de Matthew Bellamy mais de faire évoluer ton groupe.

Retour sur ce nouvel album donc
Peux-tu me raconter une de vos chansons?

L’une de mes préférées est Level Up, car pour moi elle comprend tous les éléments qui font un bon groupe de mon point de vue, c’est à la fois robotique et poppy, comme un rêve de conte de fée revisité en jeu vidéo. Et les paroles de Torre reflètent sa recherche personnelle à un moment où il cherchait à s’accomplir, à donner le meilleur de lui même et toujours s’améliorer. Il pensait sans cesse à ce nouvel album et ca m’a vraiment touché qu’il se livre ainsi.

Vous avez osé créer une chanson sur Pikachu, et en live vous bravez assez brillamment l’absurde !
Je vois ce que tu veux dire. On a bien senti qu’il allait falloir faire quelque chose de spécial pour ne pas tomber dans le ridicule, on l’a donc poussé encore plus dérangeant, comme une auto-dérision d’un stupide groupe. On essaie encore de le perfectionner, par exemple aujourd’hui pendant les balances on s’est dit tiens si on allait de chaque côté des gradins …

Dernière question pour le dernier morceau qui fait transpirer vos spectateurs.
Votre fosse suit le clip
Witch Doctor, ca a été pensé en amont?
L’idée originale du clip vient de certaines danses religieuses, on voulait mettre le boss au milieu et que ça dégénère. Mais au premier live de cette chanson, on ne s’était pas préparé à ce que les gens se mettent à tourner d’eux mêmes ! Du coup maintenant, Torre descend dans les grandes fosses pour le jouer :


[Vidéo d’ AudioFranzzz]

Julie Lesage

[Photo en une : Stefan Lucassen]

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